Le business de l’or bleu à Dharavi

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A travers le rideau semi-opaque, Saïf regarde avec apitoiement les mères de famille assises le long du mur. La passivité fige leurs traits du visage. Plusieurs heures, elles restent assises, les bras ballants, le regard dans le vide. Exemptée de travail, elles restent néanmoins corvéables à merci. Leur mission ? Scruter la vanne endormie. L’eau ne coule pas en ce début d’après-midi. Pourtant, il fait si chaud. Les gouttes de sueur luisent sur leur front.

« L’eau arrivera par ce robinet seulement entre 20 h et 21 h 30. C’est ainsi chaque jour », explique Saïf. Le jeune homme de 20 ans seconde Nawneet au centre. Il identifie sans peine les fardeaux de sa communauté, dont celui de l’eau.

« Les femmes arrivent tôt pour surveiller l’arrivée et récupérer leurs portions. Sinon, elles repartiront sans rien et on leur dira que c’est de leur faute. »

Les gestionnaires des pompes tirent bénéfice de cette quête à l’or bleu. L’eau coûte désormais une fortune pour les pauvres… en argent, et en temps. Lire la suite

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La pendaison sème le trouble à Bombay

IMG_42431En arrivant au centre à Dharavi ce midi, deux jeunes filles m’offrent un accueil étonnant. Dans une tonalité aiguë que j’aime toujours autant entendre.

« Que fais-tu là aujourd’hui, Mathilda? C’est dangereux. »

Je regarde autour de moi. La vie semble continuer son cours. Rien d’inquiétant. Anu me regarde d’un air incrédule :

« Il y a le corps de Yakub Memon, un des terroristes pendu ce matin, qui arrive à Mumbai dans la journée. Il y a beaucoup de policiers dans les rues pour éviter les débordements car certains, qui ont manifesté contre la peine de mort, sont en colère en ce moment même à quelques centaines de mètres d’ici. »

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Naître fille, une malédiction

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Misba

Samedi, l’Aïd el-Fitr a conclu par des festivités la fin du jeûne du ramadan. Traditionnellement, Misba s’est ornée les mains d’henné. Les couleurs flamboyantes de cette poudre répandue en Inde enjolivent tout au long de la semaine ses mains et celles d’une dizaine de jeunes musulmanes du centre de Dharavi Diary.

Fière de la beauté qu’offre ses tatouages éphémères, Misba se laisse prendre en photo sans sa burka, posée sur le dossier de la chaise. Juste une. Habituellement, elle ne laisse entrevoir que son regard. Le filon passe bien. Nous évoquons ce dernier film bollywoodien « Bajrangi Bhaijaan » dont l’acteur Salman Khan fait saliver les jeunes filles de Mumbai.

« Il a même été projeté sur un écran dans Dharavi ce week-end ! », s’enquit Misba, pour montrer sa reconnaissance de premier plan.

Misba étudie au lycée catholique Mount Mary Convent, dans le quartier aisé de Bandra. Elle semble vouloir se justifier.

« J’ai conscience d’être née dans une bonne famille où je suis tout aussi respectée que mes frères. Je vais à l’école privée tous les jours en bus et ensuite, je viens étudier ici au centre », m’explique t-elle.

Misba est « bien née ». Elle rêve d’être médecin. Sa jeunesse n’est pas tout à fait semblable à celles d’autres indiennes. Pendant plus d’une heure, elle parle avec clairvoyance de cette quête d’affranchissement nécessaire face à une société patriarcale où la femme n’a pas son mot à dire.

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Menstruations : deux sœurs veulent changer les règles dans la communauté

IMG_1364La honte. Le sentiment de rejet. L’ignorance. Tout cela est aujourd’hui derrière elle. A 18 ans, Rupali Kadam fait des douleurs du passé, son combat d’aujourd’hui et de demain. Elle et sa sœur, Sonali, lèvent le voile sur un tabou des plus discriminants dans leur communauté : les menstruations.

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S’armer de patience

« Tout européen qui vient en Inde gagne de la patience, s’il n’en a pas. Et il la perd, s’il en a. »

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Patience, Patience.

Le proverbe indien dit bien vrai. La patience est une règle d’or ici, difficilement mesurable pour nos tempéraments « fonceurs » d’européens. La « zen attitude » s’apprend et devient d’ailleurs quasiment vitale pour relativiser les moindres gestes du quotidien.

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Chaleur humaine dans les ruelles de Dharavi

« Hi, my name is Anu ! Who are you ? »IMG_0377

De grands yeux ronds me dévisagent. La fillette semble curieuse. Nawneet, le fondateur de l’association Dharavidiary pour laquelle je vais œuvrer pendant deux mois, me présente à elle. Depuis quelques heures, elle attend l’ouverture du local en bas d’un escalier, comme chaque jour. Et mieux vaut avoir le sens de l’orientation pour le trouver. Ici, plus d’un million d’habitants s’entassent dans des campements de fortune et les allées sont à peine plus larges par endroits que les épaules d’un homme.

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