Menstruations : deux sœurs veulent changer les règles dans la communauté

IMG_1364La honte. Le sentiment de rejet. L’ignorance. Tout cela est aujourd’hui derrière elle. A 18 ans, Rupali Kadam fait des douleurs du passé, son combat d’aujourd’hui et de demain. Elle et sa sœur, Sonali, lèvent le voile sur un tabou des plus discriminants dans leur communauté : les menstruations.

Sur le chemin de Koliwada, le plus ancien quartier de Dharavi, Sonali répète une énième fois son histoire qu’elle dévoilera face caméra dans quelques heures.

« Quand j’ai eu mes règles à 14 ans, je n’avais jamais entendu parler de ce phénomène », avoue-t-elle.

Prise de court, Sonali interpelle les plus âgées sur ce sang survenu au petit matin, probablement responsable des fortes douleurs dans le bas de son ventre.

« Personne ne m’a répondu. Au lieu de ça, je me suis fait rejetée puis isolée dans une chambre. J’ai du laver mes vêtements et mes draps seule, poursuit-elle. Sauf que je n’avais ni la force mentale, ni la force physique pour surmonter tout cela. »

IMG_0508 internetCloîtrée à domicile, elle a du se débrouiller par elle-même et utiliser un chiffon (lavé au fil des mois) comme protection. C’était la seule issue proposée.

« Comme la plupart des jeunes filles de Dharavi », Sonali est longtemps restée dans l’incompréhension totale. Pensant même qu’un mal la rongeait.

Une source de discrimination

Rupali a été davantage épargnée grâce aux conseils prodigués par sa sœur. Pourtant, elle attaque tout aussi fiévreusement ce stéréotype.

« Indisposée, je ne pouvais participer aux fêtes. Ce qui est toujours le cas. Et si je touchais de la nourriture, les gens ne mangeaient pas, raconte-t-elle. Forcément à ce moment-là, j’ai perdu confiance en moi. »

Cette perception péjorative des règles chamboule indéniablement la scolarité. « 40% des écoles ne séparent pas les toilettes pour les filles et les garçons », explique Nawneet. S’y rendre devient quasiment impossible. Surtout que le non-accès aux serviettes hygiéniques pour 88% des jeunes filles condamne à l’enfermement, et ce tous les mois.

La parole, remède aux maux

IMG_1282C’est dans les livres et sur internet, plus tardivement, que les deux sœurs ont trouvé des réponses à leurs questions. Six ans après leurs premières menstruations, elles veulent changer les règles du jeu. Bousculer les mentalités et tendre une main aux jeunes générations afin qu’elles ne vivent pas le même enfer.

A la fin du mois de juin, Rupali et Sonali étaient devant une vingtaine de jeunes filles au centre de l’ONG. Power point projeté sur le mur derrière elles, elles ont déconstruit les stéréotypes et re-estimé les menstruations à leur juste valeur. Un défi d’ampleur car une large majorité des mères considèrent le phénomène comme une anomalie, quelque chose d’impur.

« Quelle honte de penser cela !, s’insurge Sonali. Ce processus, normal, est responsable de l’évolution humaine. »

Et l’autonomie gagnée avec l’acceptation des règles par les femmes « accélérera le développement de la société. »

Cette démarche, inscrite dans le programme d’innovation du bidonville de Dharavidiary, ne s’arrête pas là. Elle en est qu’à ses prémices. Le court film que je viens de finaliser – ma première réalisation pour l’association à voir ci-dessous – va désormais faire sa route.  Dimanche 19 juillet, au soir, il sera diffusé en hindi, sous titré anglais, sur l’une des places centrales de Dharavi. Jeunes filles, femmes, hommes, proches ou inconnus …Tous vont pouvoir écouter la voix de la jeunesse. Son envie de surmonter la pudeur et par-delà, de changer le statut des femmes.

Period of change (vidéo et son en basse qualité pour la mise en ligne)

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