Chaleur humaine dans les ruelles de Dharavi

« Hi, my name is Anu ! Who are you ? »IMG_0377

De grands yeux ronds me dévisagent. La fillette semble curieuse. Nawneet, le fondateur de l’association Dharavidiary pour laquelle je vais œuvrer pendant deux mois, me présente à elle. Depuis quelques heures, elle attend l’ouverture du local en bas d’un escalier, comme chaque jour. Et mieux vaut avoir le sens de l’orientation pour le trouver. Ici, plus d’un million d’habitants s’entassent dans des campements de fortune et les allées sont à peine plus larges par endroits que les épaules d’un homme.

« Il y a beaucoup de communautés qui vivent ici depuis des dizaines d’années… Des gens arrivent tous les jours dans l’espoir de trouver une meilleure vie », explique Nawneet.

A peine ouvert, le local s’emplit d’enfants de tous âges. Certains, tout juste sortis de l’école, portent encore la tenue réglementaire. L’apprentissage semble être une partie de plaisir. Mécaniquement, les enfants sortent leurs cahiers, s’installent à même le sol, interpellent Nawneet sur telle ou telle consigne incomprise.

« Personne ne reste dans son coin … Nous devons tous être maître de notre destin », m’interpelle Sonali, dans un anglais parfait mais difficile à comprendre avec l’intonation indienne.

IMG_0506Elle semble plus âgée que les autres. Plus mûre. Un bref échange et Sonali me raconte d’où elle vient et surtout, comment elle espère un jour changer la perception de son lieu de vie, Dharavi. Nawneet l’a repéré, avec sa sœur, pour les prochaines interviews vidéos publiées sur le site de l’association et recueillies pour le documentaire.

Nous ferons les interviews chez elles, le lendemain (mardi), et les deux jeunes filles s’y préparent depuis quelques jours. L’ambition se lit sur leur visage. Pourtant, elles ont conscience des freins naturels liés à leur milieu de vie. Je glisse un oeil sur les notes prises par Rupali. On peut lire :IMG_0540

« Invent a workshop where women can talk about menstruations. »

En Inde, le sujet est totalement tabou. L’association veut le briser.

Nawneet interrompt Sonali dans son récit de vie afin qu’elle peaufine mot à mot son texte.

« On part d’un récit personnel pour aller vers le « nous ». Votre récit doit inclure le collectif,  » lui conseille t-il.

Elle devra connaître les trois minutes d’intervention par cœur. Sonali énumère ses difficultés et ses espoirs. Le changement, elle le perçoit par le biais des nouvelles technologies. Une liberté d’expression rendue désormais possible.IMG_0536

 » On est à un tournant. L’inde s’ouvre à l’économie mondiale et internet permet de libérer la parole. Les jeunes osent parler de leur vie, des contrastes et du système de castes qui parfois les exclut », témoigne Nawneet.

Elles ont conscience que la vidéo n’est qu’une goutte d’eau dans leur combat. Mais Sonali voit dans la parole, une première porte d’entrée.

 » Au moins, on pose des mots sur la réalité et on dit ce qu’on souhaite pour que notre communauté et les autres, hommes et femmes, vivent ensemble sur un même pied d’égalité. »

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