De Jaipur à Agra, au pays des princes indiens

Jeudi 13 août, il est l’heure de partir prendre l’avion. Je ferme le bouquin de Ken Follett, Un monde sans fin. Le personnage de Caris s’inquiète de la mauvaise récolte de l’an 1338. La maigreur des vaches, seule richesse des paysans, trahit la pauvreté d’une frange de la population. Pendant qu’une autre, commerçante, continue de prospérer.

IMG_6398En atterrissant à Jaipur, oasis aux portes du désert de l’Inde, j’ai le sentiment d’être propulsée dans le monde de Ken Follett… Des siècles plus tôt. Sauf qu’auprès des vaches et des chameaux qui attendent leurs cargaisons, des gens dorment en rang d’oignons sur la terre battue. Et laissent les voitures frôler leur tête de quelques centimètres. Une pauvreté, dans un monde plus moderne.

 » It’s my incredible India « , sourit notre chauffeur dont seul le bas du crane, recouvert d’un turban, laisse apparaître ses cheveux oranges teintés d’henné.

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Jaighart Fort

Incredible India. Il n’y a pas d’autres mots. Ce n’est que le lendemain que l’engouement touristique pour Jaipur, appelée ville rose, se fera comprendre.

Cette région est belle à sa manière. A la fois mélancolique et défraichie mais tellement attachante. Et puis, elle recèle les plus beaux trésors monumentaux de l’Inde.

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Hotel Vimal Heritage

Bani Park, quartier où nous logeons, reste protégé du bruit assourdissant de la ville. L’hôtel, aux décorations traditionnelles gravées dans du marbre, est très charmant. On découvre rapidement que c’est le point de rendez-vous des européens… et les crêpes du petit déjeuner font fureur.

Vendredi 14 août, Mohin nous récupère à l’hôtel pour une journée qui s’annonce des plus denses depuis notre arrivée en Inde. Oui, oui, encore une nouvelle tête ! Se débrouiller avec les bus et les rickshaws à Jaipur n’est pas forcément plus rentable qu’une voiture individuelle avec le planning qui était le nôtre. Mais ça on ne l’a compris qu’une fois sur place. Du coup, à chaque jour un nouveau guide !

Jaighart Fort et Amber palace

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Oh, Amber ! Cette ville abandonnée et ses palais d’antan, que l’on aperçoit au loin sur les montagnes, laissent déjà rêveur avant même de les avoir atteints. On pénètre dans le premier, Jaighart Fort, qu’au bout d’une longue route torsadée et montagneuse. L’immense fort domine la ville. Et surtout, possède en son sein une véritable fonderie qui servait à construire les canons.

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Alain et Mohin, devant l’Amber palace.

Mohin devient vite une personne de confiance. Il donne des leçons d’histoire partout où l’on passe. Apporte un tas de filons sur les arnaques dès qu’on entre « zone d’alpagage ». Dose ses conseils sans jamais être imposant. Bref, sa présence nous est précieuse… Et en voilà un qui ne réclame pas de pourboires sans arrêt.

Nous saisissons rapidement son amour passionné pour le Rajasthan. Après avoir quitté son village de pêcheurs, il a démarré avec un simple pousse-pousse avant d’acquérir son propre engin de travail, une voiture. Il y passe les 365 jours de l’année… « Et s’il y en avait 366, je travaillerais aussi », renchérit-il gaiement.

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Le Amber palace a été construit au 16e siècle sur une colline , à 11 km de Jaipur.

La deuxième étape, Amber Palace, se trouve aux pieds du Jaighart Fort. Le romantisme surgit de ce palais d’antan grâce à ses pavillons de marbres incrustés de miroirs et ses labyrinthes construits sur plusieurs étages où une seule faible lumière pénètre.

IMG_6052On imagine la vie d’autrefois. IMG_5961Les chevaux galopants sur la place centrale, les servantes courant d’une pièce à l’autre, les histoires d’amour cachées, les nuits au clair de lune sur les immenses terrasses. Mais aussi, aux heures sombres, les résidents se protégeant à l’intérieur des remparts contre des guerriers ennemis.

IMG_6570Avant de quitter Amber, nous faisons halte dans une fabrique de tissus, au Anokhi museum of Hand Printing. Le Rajasthan n’est pas seulement le paradis de la pierre. Il est aussi celui du tissu, et du cachemire. L’impression se fait manuellement, sous la pression des tampons. Les artisans font même des démonstrations, en live, épatantes.

Eldorado de la joaillerie

De retour dans la chaleur étouffante du centre de Jaipur, il est temps désormais d’acheter des gemmes fines. Je trépigne d’impatience. Reste à avoir un œil de lynx pour distinguer le vrai du faux. Et éviter de se faire rouler dans la farine en achetant des bijoux montés de fausses pierres précieuses. A ce qu’on dit … Il faut être expert en la matière pour en avoir la faculté. L’autre remède est alors de demander une facture officielle.

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La négociation, un jeu amusant où il faut rester zen et persuasif.

Après l’achat d’une première bague dans une boutique, créée par une française (French concept jewellery), nous laissons carte blanche à Mohin pour nous guider dans une autre boutique. Nous nous étions jurés de ne pas nous laisser guidés, conscients des arnaques, mais notre coup de cœur pour Mohin nous fait peut-être perdre la raison. L’homme lève le rideau de sa « family boutique », spécialement pour nous. On a l’impression d’acheter une voiture où de signer un gros contrat. Car les deux vendeurs devant nous nous serrent la main, nous servent des boissons et veillent à nous mettre à l’aise. C’est loupé. L’ambiance étrange nous incommode.

Les bijoux, exposés dans des vitrines ou stockés en vrac dans des boîtes en plastique, brillent de mille feux. Je craque sur une bague en argent et un collier à la pierre étoilée. Quel prix ? Rien n’est affiché, naturellement. La négociation fait place (voir précédent article) ! Le patron tape un prix sur sa calculatrice. Et n’en prononcera jamais le montant tout haut. J’arriverai seulement à faire baisser le prix de 30 %. Le patron sourit et nous serre la main. Marché conclu.

La romance nuancée

La nuit suivante sera courte. A 3 heures, nous partons à 250 km de Jaipur rejoindre Agra, là où se trouve l’un des joyaux monumentaux de l’Inde. L’une des sept nouvelles merveilles du monde : le Taj Mahal. IMG_5844La traversée de Jaipur endormie nous empêche de trouver le sommeil. Les gens dorment là où ils tombent … Sur la selle de leur pousse-pousse où à même le sol jonché d’ordures. Pour nous, occidentaux, cette pauvreté rime avec misère. Mais ce n’est pas forcément la même analyse qu’en tirent les hindous avec qui j’ai pu discuter depuis notre arrivée en Inde, considérant qu’on ne peut échapper à son Karma (destin). Leur religion leur fait accepter le fatalisme et garder la joie de vivre.

IMG_6394La musique bruyante émanant des hauts parleurs nous tire du sommeil en sursaut. C’est l’Independance day et Agra ne dort plus à 7 heures du matin. Elle célèbre ce 15 août 1947 où les Britanniques se sont retirés. La ville ressemble à presque un champ de mines. On s’étonne même que l’un des plus beaux monuments du monde s’élève à quelques centaines de mètres d’ici. La démolition des pavés, entreposés sur le bas-côté, donne mauvaise allure à la route. Parfois un balayeur dégage les déchets sur le passage, ce qui fait grimper la montagne de plastiques, juste à côté. Le choc est d’autant plus sévère à quelques pas du Taj Mahal. Quel contraste avec la beauté fulgurante de l’immense mausolée funéraire qui se dresse devant nous !

IMG_6210L’empereur moghol Shâh Jahân l’a fait construire en mémoire de son épouse favorite. Belle preuve d’amour, qui a demandé plus de 20 ans de travaux et 20 000 paires de mains à travailler non-stop. La symétrie parfaite renforce la beauté du lieu.

Les gens s’y rendent dès le lever du soleil, où la chaleur reste plus clémente. Malheureusement, le temps brumeux nous empêche de contempler les changements de couleur du marbre au moment où apparaissent les premières lueurs. Le spectacle atteindra son apogée à 9 heures ! Nous mettons des sur-chaussures, afin de pénétrer à l’intérieur du bâtiment, avant de finir en chaussettes. Le marbre tiède est une sensation agréable mais il se réchauffe à très vite allure.

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Nous partons vers le Red Fort, à quelques kilomètres de là. IMG_6342Tout comme le Taj Mahal, ce fort témoigne de la civilisation moghols aujourd’hui disparue. Dans la forteresse s’élèvent de longs murs de plusieurs kilomètres, dessinés par de belles courbes. Bienvenue dans le monde des palais féériques ! C’est aussi là où l’empereur Chah Jahan, constructeur du Taj Mahal, a fini sa vie, enfermé par son propre fils.

De retour vers Jaipur, nous marquons une nouvelle pause instructive, à Fatehpur Sikri. IMG_6444Peut-être n’aurait-on pas dû. Certes se trouve, au milieu d’un sublime ensemble architectural, l’une des plus grandes mosquées de l’Inde.
Cependant, la quiétude du Taj Mahal n’est plus. On se fait littéralement épingler par des pseudos-guides et vendeurs de babIMG_6452ioles. Au point d’en gâcher l’envie de rester. Et nous ne sommes visiblement pas les seuls.
D’autres touristes perdent également patience, cherchant par tous les moyens à s’en dépatouiller.
Alain enroule malgré tout son tour de taille dans un tissu afin de recouvrir la totalité de ses jambes et nous prenons quelques minutes pour visiter les lieux sous un ciel très menaçant.

Dimanche est un jour plus chaud encore. Le dernier à jouer aux Maharadjahs, de forts en forts, de palais en palais. Avec un pincement au cœur, nous bouclons les sacs. Hypnotisés par tout ce que nous venons de vivre. L’Inde nous a encore bien secoués !

Mohin doit nous récupérer à quelques pas de l’hôtel. Nous avons contournés la démarche officielle, afin de brader un peu le prix. La rencontre est toute autre. C’est finalement son ami qui se présente à nous, avec une vieille Suzuki mal en point. Il faut la pousser pour qu’elle daigne s’élancer sur la route.

IMG_6557La Pink city, vieille ville de Jaipur, est entourée de neuf portes qui quadrillent la ville. De nombreuses rues « Bazar » s’organisent en fonction de différents corps de métiers bien définis : le cuir, les tissus, les bijoux, les bracelets de verre, la poterie, etc.

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Palais des vents, Jaipur

Nous marchons d’un monument à l’autre de Jaipur : Le Jantar Mantar, observatoire d’astronomie qui permet d’avoir une prévision très accrue. Le Hawa Mahal, palais des vents dont la centaine de fenêtres permettaient aux femmes du harem royal de regarder dehors sans être aperçues.

Et enfin, le Sun Temple qui n’a rien de particulier en tant que tel mais offre une vue imprenable sur la ville.IMG_6545Il faut marcher une bonne vingtaine de minutes, au milieu des vaches, des singes, des cochons et de quelques pèlerins, avant de l’atteindre. Sun Temple ou temple des singes ? Nous étions persuadés être au même endroit.

« Le temple des singes n’est qu’un nom apporté par les touristes en référence aux quelques 10 000 singes qui peuplent les alentours », explique le fils du gardien du Sun temple, pendant que nous nous déchaussons.

IMG_6538A notre étonnement, il n’y a pas un singe à l’intérieur du temple. C’est le calme plat. L’homme est juste là avec sa femme, ses filles et ses nièces qui se recouvrent les mains d’henné. En trois minutes, le temple est visité.

Ce n’est finalement quelques jours plus tard que nous résoudrons l’intrigue. Le fameux temple des singes se trouve en réalité en bas, de l’autre côté de la colline. Celui que nous avons vu, le temple du soleil, n’était qu’une entrée en la matière !

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