L’école de la négoc

IMG_5637En Inde, tout se négocie et gare à celui qui abat ses cartes trop tôt. C’est ainsi. Le moindre déplacement en rickshaw, l’achat de vêtements, la chambre d’hôtes, les prix de base se fixent à la tête du client. Manque de chance, nous sommes blancs et affiliés, dans certains esprits, à des « paniers percés ». Preuve en est, même des inconnus demandent une photo d’eux pour ensuite la monnayer.

Si la négociation ne se pratique que très peu en France, elle est ici ancrée dans la culture. L’écart entre le prix avancé par le vendeur, et celui que vous proposez, s’amplifiera en fonction des talents de négociateur. Quand bien même vous en n’ayez ! Mais pas de soucis pour cela, ils se dévoilent en posant le pied sur le sol indien.

Il faut alors trouver le prix juste, celui où vous n’avez pas le sentiment d’être arnaqués sans pour autant soutirer tous les bénéfices au vendeur. Une bonne affaire, c’est lorsque les deux parties en sortent gagnantes. Et ce n’est si simple.

Certains abandonnent avant même d’avoir essayé. Cette première école est celle pour laquelle penche Alain. A quoi bon négocier pour tout ? L’argument n’est pas faux… et évite la perte d’énergie. En titillant sur un trajet en taxi, nous prenons alors conscience que c’est simplement 2 € pour 40 minutes.

Sauf que certains petits malins croient voir en nous un puits sans fond et n’hésitent pas à gonfler très fortement le prix. Après plus d’un mois d’expérience, nous distinguons à quel moment nous sommes pris pour le « dindon de la farce ». Combien de fois des vêtements, proposés à 800 roupies, le sont ensuite à moitié moins lorsque ma colocataire s’y rend seule ?

Il faut alors user des ruses de la deuxième école. Tenir tête, comme les indiens le font, et se montrer ferme sur son prix. Croyez-en, s’est usant. Surtout lorsque cela survient, avec un rickshaw ou un taxi, après un échange de sourds sur la destination voulue.

« I go to Hill Road, please ! »

Le sourcil se lève, en face, et trahit une incompréhension. Les accents indiens et français ont quelques incompatibilités… pourtant, nous progressons. Pour faciliter les choses, il faut rouler ses « R » à l’espagnol et manger ses mots. Et tester.

« Hiiilroad », « Aile rod », « Hiload » ?

Ah, l’indien fait un dodelinement de la tête, de droite à gauche, et me sort la même prononciation :

« Ah, Hill road. » Oui, voilà.

La négociation est un rituel auquel tous les indiens se prêtent sans que cela ne choque ou n’agace qui que ce soit. Certains en jouent même. Comme la semaine dernière où, attendant un taxi sous une pluie battante, un rickshaw m’a proposé de m’emmener à 500 mètres plus loin, au point de rassemblement de taxis. J’étais un peu embêtée, partie sans trop de monnaie.

« C’est gratuit ? », lui demandais-je.

Il dodeline. Oui, non ? A chacun son interprétation. Enfin ça, je l’ai compris après lorsqu’ arrivée devant le seul taxi présent, il a demandé avec insistance son « Tip » (pourboire) à 30 rps pour la course. Son ami taxi, forcément, ne voulait faire l’autre part du trajet à moins de 100 rps, quand il en vaut 20. Je m’en suis tirée à 70 le tout !

Tout est relatif bien sûr, mais se laisser berner en toute conscience n’est jamais signe de succès ici. Il faut tenir bon, et s’en amuser. Surtout que le lendemain, le même tour de passe-passe se produira.

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Une réflexion sur “L’école de la négoc

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